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More excerpts

Excerpts from the book Imparfait, libres et heureux – pratique de l’estime de soi by Christophe André.

“Autre inconvénient : ces attitudes de “faire semblant” alimentent le sentiment d’imposture, si fréquent chez les sujets ayant des problèmes d’estime de soi, haute ou basse. Ce sentiment, évidemment, ne présage en rien de la valeur réelle de la personne dans la situation où elle se sent “imposteur”. Il ne résulte pas non plus d’un désir de tromper autrui volontairement, comme le ferait un escroc, pour en abuser. Ce sentiment d’imposture est simplement la complication des stratégies défensives inadaptées de l’estime de soi. Une de mes patientes avait un jour utilisé la forme : “J’ai l’impression d’être une supercherie et que bientôt tout le monde va s’en rendre compte.”
Le paradoxe du sentiment d’imposture, c’est qu’il s’active à partir du moment où l’on a commencé à agir et à “réussir” à trouver une certaine place au milieu des autres. Si l’on en reste à la phase d’évitement et d’inaction, il ne s’enclenche pas.
Mais une fois qu’on s’est jeté à l’eau, survient alors la crainte lancinante d’être découvert et mis à nu pour ce que l’on est : une personne moins compétente que les autres ne l’avaient cru. On a alors échangé une émotion négative, la tristesse (“personne ne me remarque”) contre une autre, l’inquiétude (“on m’a remarqué”), qui débouche alors sur la peur d’être “démasqué”.” (p.174-175)

“… de légères baisses de moral sont des facilitateurs de rechutes dépressives chez les personnes fragiles à ce niveau notamment si elles ont déjà présenté plusieurs épisodes dépressifs dans le passé. On a aussi peu montrer que les baisses de moral, même minimes et transitoires, chez les personnes ayant des antécédents de dépression et de tentatives de suicide, avaient un impact sur leur capacité à résoudre de petits problèmes simples du quotidien. Ces travaux sont importants car ils permettent de comprendre comment des événements adverses mineurs peuvent parfois conduire à un véritable embrasement dépressif, avec un afflux d’idées sombres et de sentiments de désespoir, pouvant aller, chez les personnes prédisposées, jusqu’aux idées suicidaires, ce d’autant que la tentative du suicide a déjà été, dans le passé, une “solution” pour échapper à cette souffrance.” (p.186)

“… l’expérience se déroule ainsi : les chercheurs présentent aux sujets volontaires, déprimés ou non, des listes de mots. Certains décrivent des qualités (généreux, intelligent, aimable, etc), d’autres des défauts (avares, hypocrites, rancunier, etc). On demande d’abord aux sujet s de lire ces mots dans une optique générale (“Que pensez-vous de la générosité ? de l’avarice ?”). Puis dans une optique personnelle (“Etes-vous vous-même généreux ? avare ?).
On s’aperçoit alors que chez les sujets “normaux” (non déprimés), ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui s’activent, selon que les mots sont lus dans une optique générale (“est-ce une qualité ou un défaut ?), ou dans une optique personnelle (ai-je moi-même cette qualité ou ce défaut ?). Le psychisme des personnes non déprimées fait ainsi clairement la différence entre réfléchir à un trait de caractère et se l’attribuer. Il existe, en effet, une zone spécifique du cerveau connue depuis peu pour être le siège de la tendance à personnaliser” les informations traitées : le cortex préfrontal dorso-médian. Si vous n’êtes pas déprimé, cette zone ne s’activera que si vous vous interrogez sur vous-même. Chez les déprimés, cette zone tend à s’activer à tout bout de champ, notamment à l’évocation des mots négatifs, même dans une optique générale. Autrement dit, lorsqu’on leur demande : “Que pensez-vous de ce défaut ?”, les déprimés réagissent comme s’ils avaient entendu : “Etes-vous concernés par ce défaut ?” Et tendent d’ailleurs à penser que oui.
On sait que cette tendance à la personnalisation des informations, surtout négatives (“C’est ma faute”, etc) caractérise la maladie dépression. Elle est à l’origine des sentiments de désarroi, de culpabilité et d’autodévalorisation qui parasitent constamment la vie intérieure des dépressifs et qui délabrent chez eux l’estime de soi. […] Heureusement, ce n’est pas parce qu’un phénomène repose sur une base biologique qu’il nest pas modifiable par la force du psychisme. […]  Une autre équipe a montré que les dysfonctionnements cérébraux des déprimés s’amélioraient sous traitement psychothérapique : les perturbations observées sont “fonctionnelles”, elles ne sont pas des lésions du cerveau. La  tendance à s’attribuer des informations négatives est donc “réparable” dans le cas de la dépression. Il n’y a aucune raison de penser que cela ne serait pas le cas pour les souffrances de l’estime de soi. ” (p.187-188)

“Exercice dit du “meilleur ami”, un classique de la thérapie cognitive : le thérapeute demande à son patient de notes ses pensées négatives, lorsqu’il est en situation difficile. Par exemple : “Lorsque j’ai échoué à cette tâche, je me suis dit : “tu es vraiment trop nul, laisse tomber, tu n’y arriveras jamais.”) Il lui demande alors s’il aurait dit cela à son meilleur ami, confronté à la même situation. Non, bien sûr, répond le patient. Car il a bien conscience que ce discours serait erroné, injuste, inefficace… On demande alors au patient de modifier le discours comme si l’on devait le tenir à son ami : que diriez-vous si un de vos amis avait été confronté au même problème ? Le discours se modifie alors : à partir des mêmes faits, sa tonalité est plus douce et plus aidante. Plus juste aussi : “Bon, c’est dur, tu n’y es pas arrivé. Ce sont des choses qui arrivent. En travaillant, peu à peu, tu devrais pouvoir le faire.”  On incite peu à peu le patient à avoir recours à ce type de discours intérieurs envers lui-même.” (p.195)

“Les perturbations liées au rejet.
Si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, nous devrions avoir tendance, lorsque nous sommes l’objet d’un rejet à tenter de comprendre pourquoi et à réparer ce qui peut l’être. Hélas, le rejet entraîne souvent des comportements allant à l’encontre des intérêts de la personne et ces comportements vont encore accroître le risque pour elle de se faire rejeter à nouveau. Voici ce vers quoi nous risquons de tendre lorsque nous avons été rejeté, et contre quoi il faut donc se prémunir :

  • Se comporter envers autrui de manière agressive. Beaucoup de comportements et d’attitudes agressifs sont facilités par le rejet ou le sentiment de rejet : “Je me montre souvent désagréable par anticipation. Je préfère ne pas être approché plutôt que d’être rejeté”.
  • S’isoler. C’est la tentation du repli sur soi qui aggrave encore le problème car il laisse la personne seule face à ses émotions et pensées. Aller vers les autres en cas de rejet est la stratégie prioritaire : même s’ils ne nous comprennent qu’imparfaitement, même s’ils ne nous réconfortent pas totalement, même s’ils se montrent décevants dans la qualité de leur soutien, le pire serait de rester seul…. C’est parfois très difficile à expliquer à nos patients hypersensibles au rejet : aller vers les autres non pas pour aller mieux ou se sentir consolé, mais comme un acte de survie, qui ne nous donnera pas forcément (même si c’est parfois le cas) de mieux-être immédiat, mais sera indispensable. Comme désinfecter rapidement une blessure : cela n’empêche pas d’avoir mal, mais diminue le risque de surinfection. La surinfection des expériences de rejet, c’est la paranoïa, l’autopunition, la misanthropie, toutes réactions qui vont grandir notre souffrance, et diminuer nos capacités à nous re-lier ultérieurement aux autres.
  • Abimer les liens existants avec les personnes proches. Alors que c’est justement auprès d’elles que nous pourrions trouver réconfort et soutien, l’hypersensibilité au rejet  s’infiltre aussi. […]
  • Chez certains, les plus fragiles ou les plus usés par le rejet, la tentation se profile toujours à un moment ou à un autre de se faire du mal. On ressent l’envie obscure de s’automutiler ou de s’autodétruire. “(p.210-211)



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